Les chroniques du Multivers

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 Au fil du Styx

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MessageSujet: Au fil du Styx   Ven 15 Déc - 12:24

S'il vous prend l'envie de visiter le monde des démons, il vous suffît de voguer sur le Styx qui passe par tous les Plans Inférieurs. Un voyage si époustouflant que vous n'en reviendrez pas. Le Styx fait le tour de tous les Plans Inférieurs, ces mondes et ces royaumes peuplés de fiélons, diables et démons. Partez pour un voyage extraordinaire où l'étrangeté des paysages n'a égal que l'horreur qu'inspirent leurs habitants.


L'un de mes principaux sujets d'étonnement reste - et ceci pourra vous paraître curieux compte tenu de tout ce que j'ai pu voir - que la plupart de ceux qui cherchent ce fleuve s'attendent à ce qu'il soit constitué d'eau. Eh bien ceci n'a aucun sens, du moins tant que vous raisonnerez davantage en termes de réalité que de métaphore. Je suis mal placé pour décréter qu'il s'agit d'une évidence, bien sûr ; mais ce qui compte, c'est bien l'idée de flux, l'écoulement du temps, l'éternel recommencement. Le concept d'eau est parfaitement annexe.

Si donc ce fleuve vous a été décrit comme composé d'eau noire, putride et graisseuse, vous avez été induit en erreur. Lorsque vous cherchez le Styx, n'ignorez plus les mers de lave. N'ignorez plus le sang qui s'écoule de la poitrine de géants à l'agonie. N'ignorez plus les courants d'air qui, à ras du sol, déplacent une épaisse couche de poussière. N'ignorez plus les nuages de gaz congelé qui dérivent dans l'espace. N'ignorez plus la larme de fatigue et de douleur qui perle à l'oeil de votre compagne de voyage, la sueur de votre cheval, les continents qui dérivent ou le minuscule filet d'eau sale qui coule sur le sol des cavernes. N'ignorez plus les vents rugissants du Pandémonium. C'est peut-être là la rivière que vous cherchez.

Par les strates des Abysses



Veuillez m'excuser, je m'emporte. La vieillesse et la solitude ne m'affectent pas vraiment, bien entendu, mais il a souvent été dit que la conversation est le ferment de l'intelligence, et ne serait-il pas terrible que le passeur devienne stupide ? Je transporte parfois les plus puissants, car nul n'est immunisé à la caresse de la rivière, et tous recherchent la force de son cours. Mon rang demande que je puisse traiter avec les plus grands, et cette habileté peut se développer même avec les plus humbles.

Je parlais donc des multiples facettes de la rivière. L'un des plans qui illustre le mieux cette infinie variété est, je pense, les Abysses. Le Styx y devient les champs magnétiques qui sont les courants d'océans de rouille pulvérisée, les gigantesques avalanches de glace et d'os qui se produisent quand les glaciers-charniers affrontent d'autres montagnes, les geysers couchés provoqués par les violentes réactions dans les mers d'acides. Cette beauté naturelle a son prix ; comme vous le savez, les Abysses sont une éternelle lutte pour le pouvoir et la domination, et cette lutte terrible ignore toutes les règles, même celles qui concernent le caractère sacré du passeur.

Ceci, tout au plus, m'attriste ; mais souvent je dois subir les attaques de démons emplis de haine et d'ignorance, qui se disent que je dois détenir de bien grands trésors ou qui envient mon pouvoir. Leur désir absolu de puissance les rend dangereux au possible. Je me rappelle avoir été pris en embuscade par une petite troupe qui, après une audacieuse expédition dans les profondeurs des Abysses, s'était emparée d'une grande variété de culpabilités, qu'ils avalaient avant de les recracher mêlées à leur souffle de feu. Les spectres ardents ainsi engendrés, avec leur cortège de remords et de mépris de soi, sont restés accrochés à moi et à ma barque sur de nombreuses lieues, tentant de nous engloutir. Mais je ne suis coupable de rien, aussi ne trouvèrent-ils pas de prise.

Entre les mondes et les secondes



Ne croyez pas pour autant, comme le font certains par trop enclins aux conclusions faciles, que les Plans Inférieurs ne soient que violence. Ils ont une réelle beauté, qu'il n'est pas aussi difficile d'apprécier que vous pourriez le penser. Je garde par exemple en moi l'image de cette nef métallique dérivant dans le vide, son équipage pratiquement détruit lors d'un conflit fratricide provoqué par d'infimes différences d'opinion sur une question philosophique sans importance, et surtout par les années de cohabitation forcée dans un environnement clos et artificiel.

Les quelques survivants, frustres et brutaux, regardaient silencieusement passer mon embarcation dans les coursives inondées des niveaux inférieurs, des armes terribles à la main. Leurs esprits harassés retrouvaient en moi la trace des anciennes légendes d'un monde "natal" qu'ils n'avaient jamais connu, et leur émotion à la vue du symbole antique que je représentais pour eux était presque palpable.

Souvent, lorsque je raconte cette anecdote, mes passagers me regardent d'un air surpris. C'est aussi l'un de mes propres sujets d'étonnement, cette notion ridicule selon laquelle les Plans Inférieurs se situeraient dans un espace à part. Je pense connaître la question, et, croyez-moi, rien n'est plus faux.

Les Plans Inférieurs ne sont pas à l'extérieur ; bien au contraire : ils sont entre. Ils sont entre les secondes, dans tous les endroits où règnent des émotions négatives et la prémonition de l'horreur. Les survivants de cette nef avaient l'impression d'être en enfer et, pour le cours du Styx, ceci est bien suffisant. Les enfants - qui ont bien souvent une perception très exagérée de ce qui leur arrive - amènent souvent le Styx à eux. Toute la question est, bien évidemment, de savoir si le Styx ne coule que dans les Plans Inférieurs, ou si c'est sa présence qui permet d'appeler l'endroit qu'il traverse un Plan Inférieur.

Cette réflexion a une certaine portée en cosmologie ; il est en effet important de définir ce que l'on entend exactement par "Plans Inférieurs", et le Styx pourrait être la clef de cette définition. Cette question entraîne toujours une autre interrogation : pourquoi le Styx coule-t-il là où il coule ? S'agit-il d'un phénomène physique, d'un principe métaphysique ? Pour ma part, la réponse est simple. Tout batelier a tendance, c'est vrai, à voir en son fleuve une créature vivante et capricieuse ; cela ne fait pas de moi le plus objectif des intervenants. Toutefois, je pense savoir que ma rivière se nourrit d'émotions négatives, ou peut-être de Mal pur. Elle recherche les types d'émotion, de Mal ou de souffrance qui lui sont le plus nécessaires ; et c'est ainsi que coule la rivière sans affluent.

Elle se développe graduellement, au long des éons, au fur et à mesure que son cours infini recueille les nourritures dont elle a besoin. Elle apprend, croyez-moi, et je sais de façon certaine qu'elle sait que je suis là. Depuis quelques millénaires, elle a créé de sa substance des reflets incertains de moi, que l'on appelle marraenoloths. Ces passeurs fantômes sont le moyen le plus courant de voyager sur le Styx, à condition de leur payer un bon prix. Je ne sais pas si le fleuve, par le biais des marraenoloths, tente de communiquer avec moi, me rend hommage ou essaye, malgré une conscience encore incroyablement primitive, de comprendre ce qui l'entoure. Mais pour moi, le passeur originel, il ne fait aucun doute qu'il est vivant.

Parmi les blocs de l'Achéron



Pardon, je m'égare de nouveau. Je vous parlais des splendeurs de la rivière, à travers ses différents visages. Comme tout batelier, il est des passages que je redoute, des rapides difficiles à naviguer. L'un des plus délicats est peut-être l'Achéron, les terres claniques. Je me suis souvent représenté l'Achéron comme une partie d'osselets en cours : des blocs de matière projetés en l'air, tournoyant et se heurtant entre eux, dont nul ne sait pourquoi ils sont là et comment ils retomberont. Simplement, ces blocs métalliques sont si gigantesques qu'ils abritent des civilisations entières, chacune plus rigide, agressive et clanique que la précédente.

Parfois, le Styx n'est que le sang des armées caparaçonnées qui s'affrontent sur le sol presque lisse, mais il rejoint le plus souvent le cours des minces films de naphte qui sont en quelque sorte les rivières de ces lieux. Ces rivières sont, comme souvent, des frontières entre les civilisations claniques d'Achéron, lesquelles les enflamment afin de ne pas laisser des envahisseurs les franchir. Je navigue donc souvent le long de ces frontières de feu ; parfois, des gardes, me prenant pour l'ombre d'un envahisseur, m'attaquent avec ces armes étranges volées dans les cimetières d'armes d'Achéron. Arcs, arbalètes, fusils, faisceaux de lumière mortels, bouches biomécaniques conçues pour prononcer des mots de pouvoir dévastateurs, insectes castrés buveurs de sang projetés à l'aide de propulseurs de verre...

Parfois, au hasard des rotations des blocs, les films de naphte saisissent une occasion et s'élancent à angle droit dans le ciel, chutant sur des lieues et des lieues avant de s'écraser sur la surface d'un autre bloc situé bien plus bas. Je suis ainsi peut-être le seul à savoir ce qu'est le fond de l'Achéron, mais il faut pour cela naviguer sur des jets de feu liquide crachés dans le vide, entre des masses métalliques plus grandes que des continents, pour atteindre un jour la dernière rivière de flammes qui tombe du dernier bloc d'Achéron.

Dans les griffes des Enfers



Cette navigation en eaux libres est exaltante, mais peut vous donner une image par trop romantique de cette rivière dont je veux vous présenter les différents aspects. Sachez donc qu'il existe sur le Styx des flux parmi les plus captifs que je connaisse. La notion d'un flot libre, présent partout et nulle part, incontrôlable par essence, est anathème pour les grands seigneurs de Baator, autrement dit les Neuf Enfers. Au milieu de leur prison coule une rivière ; ils ont donc choisi d'y mettre des grilles.

Il s'agit là de l'un des grands travaux des Enfers. Leurs forges produisent un métal noir et poreux, calfaté grâce au sang épais de ceux qui ont vécu une vie horrible. Ceci étant le cas de la plupart des habitants des Enfers, la matière première est des plus abondante. Ce métal représente une telle accumulation de sentiments négatifs que le Styx est naturellement attiré vers lui ; et c'est ainsi que, bien souvent, il est réduit, dans les Enfers, à couler dans des canalisations de métal noir. Les Seigneurs des Enfers ont généralement fait enterrer ces canalisations ; parfois elles constituent une sorte d'aqueduc, sur lequel sont alors soudées de longues pointes de métal. Elles ne couvrent pas l'ensemble des Enfers, mais le premier plan, l'Averne, est ainsi presque entièrement canalisé.

Il est arrivé à de nombreuses reprises que des diables percent ces aqueducs ; nombreux sont ceux qui donneraient tout pour oublier leurs terribles souffrances et la hiérarchie de fer des Enfers. Le Styx est pour eux non seulement un symbole de liberté, mais aussi de délivrance. Des sectes très secrètes existent parmi les diables d'Averne, qui vénèrent le cours du Styx et réalisent de temps à autre des coups de force pour percer les canalisations à l'aide de grandes pioches ou de foreuses. Maintenant, des légions infernales campent le long des canalisations, à raison d'une place forte toutes les dix lieues, et patrouillent en permanence sous les sphères de feu qui flottent dans le ciel d'Averne.

Le Seigneur de Stygie, la grande banquise des Enfers, avait tenté d'enfermer de même le cours du Styx en plongeant vivants de nombreux prisonniers dans une rivière de glace liquide, forée au lance-flammes dans la glace. Il espérait que leur souffrance attire le Styx, mais, curieusement, il n'en a rien été. Aujourd'hui, je peux toujours approcher Tanètline, la citadelle sculptée dans un iceberg titanesque, sans passer par cette rivière des damnés. Parfois, le Styx passe près du lit de la rivière artificielle du Seigneur de Stygie, comme pour le narguer, et je contemple les titanesques roues à aubes maintenant gelées qui devaient recueillir la force infinie du Styx pour quelque projet infernal.

Il existe toutefois dix points où le cours du fleuve obéit à des règles, et ces points sont les différentes portes des Neuf Enfers : d'Achéron en Averne, d'Averne en Dis, de Dis en Minauros, et ainsi de suite jusqu'à la porte menant de Nessus en Géhenne. Ces points de passage sont obligatoires et nécessaires, et sont le résultat de règles tellement anciennes qu'elles précédaient même la rivière éternelle. Même les Seigneurs des Enfers et les sectes stygiennes respectent scrupuleusement ces portes et leurs règles. Et en ces points le Styx est invariablement une chute d'eau d'un noir parfait, qui ne dégage aucune écume et ne fait pas de bruit.

Au sein des Carcères



Je vous ai décrit le Styx, eau vive et eau prisonnière ; je dois donc vous décrire le Styx calme et libre. Vous pourrez notamment le voir dans les Carcères, ce monde composé de six mondes situés les uns à l'intérieur des autres comme des poupées slaves. Les mondes des Carcères ne sont peuplés que de traîtres, de parjures, de parias et de renégats. Tous ont été vaincu par leur ambition ; tout comme il existe dans les Plans Supérieurs des terres vers lesquelles s'élèvent les âmes des héros après leur mort, les Carcères sont la terre où échouent les vaincus te les exilés. Elles les enferment éternellement dans le mensonge, la guerre et les complots.

Les Carcères sont une terre des plus inhospitalières ; les déserts de Minéthys, les montagnes de Colothys ou la banquise d'Agathys sont plus durs que les contrées les plus désolées de votre monde natal. Ceci est également vrai des marais et des fondrières sans fin d'Othrys, parmi lesquels le Styx, avec sa force infinie, se fraye un chemin toujours changeant. Il fend les eaux dormantes, défonce les tourbes, arrache la boue devant mon étrave, recréant sans cesse son parcours comme bon lui semble. Il fait parfois un détour de quelques lieues simplement pour engloutir le cadavre d'un hydroloth déchiqueté par les danses sacrées de ses semblables, ou pour former une île autour d'un soldat blessé et à l'agonie afin d'emprunter l'écoulement des poisons terribles qui coulent de ses plaies. Les occasions sont pour lui multiples, car les Carcères ont vu les plus grands carnages de la Guerre Sanglante.

Comme vous le savez sans doute, la Guerre Sanglante est l'affrontement éternel des grands princes des Enfers et des puissances des Abysses ; mais elle a dégénéré depuis bien longtemps en un conflit fratricide et incompréhensible où les alliances se font et se défont, où des seigneurs de guerre apparaissent et disparaissent en moins d'un mois. Parfois la guerre est un génocide, parfois elle cherche à conquérir des territoires, parfois elle est psychologique, parfois elle est politique ; le plus souvent elle est tout cela à la fois, et bien plus. C'est l'enfer de la guerre la plus sauvage et la plus incompréhensible alors que nous sommes déjà en Enfer.

Au milieu de la Géhenne



Nous arrivons à destination ; peut-être est-il temps que je réponde à la première question que vous m'avez posée, concernant la vérité que votre maître avait réussi à cacher à tous, même à vous. Le cours du Styx détruit les souvenirs ; dans certaines conditions, plonger un objet dans le Styx permet de faire oublier à tous qu'il a jamais existé. C'est désormais le cas : seul vous, moi et ceux qui se trouvaient sur le Styx à ce moment-là se souviennent de l'existence du bras de la liche Vecna. Les autres n'en connaîtront vraisemblablement que l'extrémité qui a été arrachée par les démons qui ont décimé vos compagnons ; il est plus que probable, en effet, qu'elle refasse surface un jour.

La destruction de ce bras nécessitait un innocent ; voilà la raison pour laquelle votre maître a emmené son fils nouveau-né dans cette expédition insensée. Voilà pourquoi il s'est jeté avec lui et la terrible relique qu'il transportait dans les laves du mont Khalas depuis notre embarcation. Le fleuve Styx, pour une raison que j'ignore, descend invariablement les pentes du mont Khalas, ce volcan plus grand que tous les volcans connus, suspendu avec ses descendants dans le ciel de la Géhenne. Parfois il est une coulée de boue, parfois une rivière de souffre, parfois un fleuve de lave. Peut-être est-il attiré par le Palais des Larmes de Sung Chiang.


Les doigts d'un gris cendré du passeur se referment sur le cou de son passager - trop affaibli par la mort de son maître pour opposer la moindre résistance - et cisaillent sans effort le collier de cuir auquel est suspendue une vieille pièce d'or, prix du passage. La pièce disparaît dans les mains du passeur comme si elle n'avait jamais existé, et il regarde impassible le passager ramper péniblement jusqu'à la coque pour se laisser tomber avec un reste de souplesse sur la terre ferme.

Le vieux chat a été trop longtemps le familier du mage qui vient de mourir, et n'attend plus grand-chose. Il s'éloigne vers l'Outreterre, avec l'espoir instinctif d'atteindre les Terres des Bêtes immensément lointaines.

Charon le regarde s'éloigner et disparaître derrière un rocher couvert de lierre-rasoir.

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